L'Histoire des Ferchaud de la plume de cousin Ferchaud
Marc Ferchaud est né en 1901 à Savignac de l'Isle, aux Maréchaux exactement, car il n'y avait ni hôpital ni clinique de proximité à cette époque. Avec son frère Roger il fera son apprentissage chez le père Bertin à l'angle de la rue du Pont (à l'emplacement du magasin de Philippe Chanceaulme, loueur de cassettes et de DVD installé en 1996).
Quand Marc devance l'appel, pas celui de la forêt mais celui de l'armée française il a tout juste 17 ans; à la fin de la guerre il fera partie des troupes d'occupation de la Rhénanie, et il eut ainsi le loisir de voir comment on se débrouillait dans ce pays pour se fournir en viande fraîche. Abattage à domicile, partage entre les propriétaires, distribution et choix des parts de chacun, cet évènement était un des moments les plus importants de l'année comme de nos jours lorsque les Esquimaux tuent une baleine. Il fallait montrer patte blanche pour s'approcher des éleveurs, leur donner confiance et réussir à leur acheter une bête, ce qui n'était pas facile car l'argent ne coulait pas à flot et existait à peine. Le troc, le système D et toute autre solution était envisageable, mais non sans d'interminables palabres, qui se terminaient en ce tapant dans la main, geste "d'hommes" à l'origine de tout accord commercial.
Il ne reste plus qu'à appliquer la méthode en France, et en 1924, le nouveau boucher s'installe à l'angle des actuelles Route de Paris et Rue de l'Eglise. Marc est à l'étal, Marguerite (Margot bien sûr, pour tout le monde), à la caisse. Uniforme pour chacun (on n'oublie pas la discipline en quelques jours), un grand tablier blanc sur une blouse bleue à petits carreaux pour le patron, une longue blouse blanche brodée pour la patronne.
Il fallait "en avoir" pour abattre les boeufs sur place.
Il n'y avait guère de place, quelques dizaines de centimètres à peine entre les cornes des vaches ou des boeufs et le mur de "l'abattoir". Et il ne fallait pas s'y reprendre plusieurs fois avant d'abattre le merlin juste au bon endroit, car sinon, c'était sauve qui peut dans la rue de l'église, et comme le dit un vieux proverbe indien (ou presque...): "quand boeuf pas content, boucher courir vite et longtemps" ! Les bouchers ne sont pas des danseuses étoiles mais parfois les Ferchaud auraient bien voulu être plus minces... Devenu trop dangereux l'abattoir sera déplacé route de Coutras (il y a plus de place pour s'enfuir), puis plus tard au Comptoir du Porc imaginé et créé par Robert et Maurice , les deux grands fils, et bien plus tard à l'abattoir municipal de Libourne et à celui de Montguyon.
Chambre froide et pains de glace ont lancé ce métier. Les réfrigérateurs sont apparus juste avant le seconde guerre mondiale, la viande peut ainsi être suspendue, au sol on étend de la sciure de bois, aujourd'hui interdite (et pourtant, on n'a jamais fait mieux.)
Gaétan va prendre la suite en 1957, il modernise l'équipement et rénove la façade et c'est parti: bonjour veaux, vaches, cochons, moutons, en avant les pâtés, les saucisses, les boudins, les jambons, les clients viennent des communes limitrophes, et "Doudou" se lance dans les tournées avec son fourgon et son klaxon connu de tous.
En 1974 il commence à apprendre le métier à son fils Pierre, le métier a beaucoup changé avec la fermeture des abattoirs municipaux, après l'euphorie née dans les grandes villes, qui disparaissent l'un après l'autre car ce métier il faut être tombé tout petit dedans, ça ne s'improvise pas . Déjà il faut qu'il soit situé dans une zone d'élevage intensif, (ce qui n'a jamais été le cas dans notre région) et les grands bourgeois viticulteurs de Gironde n'apprécient guère les effluves "envoûtantes" de lisier de porc pour recevoir leurs clients étrangers, ou même français. Il faut dire aussi que l'hectare est un peu cher au milieu des vignes pour élever des moutons, comme dans le Larzac ! La vente de viande en quartier et la prolifération des grandes surfaces ont bien tenté de mettre le couvercle sur la lessiveuse de cette profession, mais certains irréductibles se battent encore, en prenant le parti-pris de la qualité, de la tradition, et de l'accueil: ce sont les atouts de Pierre, la 4e génération de Ferchaud qui n'hésitent pas, de temps en temps à ressortir du placard les vieilles recettes de ses ancêtres dont certaines font toujours le bonheur de nos papilles gustatives.
Jacques Ferchaud.